Les podcasteurs se sont imposés dans les séries
Fictions Les productions télévisées mettent désormais en scène des passionnés d’affaires criminelles ou des «expertes» de la vie amoureuse et sexuelle. Le reflet d’un engouement mondial.
Matthias Schüssler
Lorsqu’elle déboule sur le petit écran en 1998, Carrie Bradshaw (Sarah Jessica Parker) est connue à New York pour la chronique qu’elle écrit chaque semaine dans le journal fictif «The New York Star». Le titre de ladite chronique: «Sex and the City». Signe des temps, lorsque HBO relance ses aventures dans «And Just Like That…» (2021), la désormais quinquagénaire s’est tournée vers le podcast. Où elle parle, bien sûr, de sexualité et d’identité de genre.
Cette même année 2021, la plateforme Hulu sort «Only Murders in the Building» (visible sur Disney+). La série, qui vient d’être renouvelée pour une cinquième saison, met en scène trois voisins (Selena Gomez, Steve Martin et Martin Short) passionnés d’histoires criminelles. Lorsqu’un habitant de l’immeuble décède, le trio décide d’enquêter – et de lancer son propre podcast.
La vague du «true crime»
La tendance n’a pas échappé à Netflix. La plateforme a récemment ajouté à son vaste catalogue deux séries mettant en scène des podcasteurs. Dans la délicieusement romantique «Nobody Wants This» (la deuxième saison est prévue pour cette année), l’héroïne tente de se faire un nom dans la jungle des podcasts en évoquant crûment la sexualité avec sa sœur. Son travail sert surtout à montrer combien son coup de foudre pour un rabbin déstabilise leur entourage.
Un Américain qui débarque dans une ville (fictive) d’Irlande et s’intéresse à des disparitions survenues vingt-cinq ans plus tôt lors de la (vraie) fête traditionnelle de Samhain: tel est le pitch de «Bodkin», proposée par Higher Ground, la société de production de Barack et Michelle Obama. Surfant sur la vague du «true crime», c’est-à-dire l’intérêt du public pour les affaires criminelles, le personnage principal cherche avant tout à séduire ses auditeurs, se souciant peu de la vérité tant que l’histoire est bien racontée.
Personnages caricaturaux
Ces personnages de fiction sont caricaturaux, mais les podcasts consacrés à de vraies affaires criminelles comptent parmi les plus populaires, que ce soit en Suisse romande ou aux États-Unis. En 2014, le podcast d’investigation «Serial» se penchait sur le meurtre d’une lycéenne qui avait eu lieu à Baltimore en 1999. Le retentissement mondial du podcast, initialement diffusé par une radio de Chicago puis racheté par le «New York Times», a largement contribué à ce que l’affaire soit rejugée.
L’appétit des auditeurs pour ce genre de récits, notamment des affaires non résolues, ne se dément pas: la chaîne ABC vient d’annoncer le renforcement de sa division «true crime» par le biais de plusieurs podcasts. Consacré aux accusations (viols et violences sexuelles, notamment) pesant sur le rappeur Sean Combs, alias P. Diddy, «Bad Rap: The Case Against Diddy» sera lancé le 25 mars.
Vingt ans après le lancement du tout premier podcast, le «Daily Source Code» d’Adam Curry, les podcasts sont désormais considérés comme des médias à part entière. Dans la fiction, à l’instar de Gilbert Power dans «Bodkin», les podcasteurs s’avèrent parfois touchants, parfois agaçants ou drôles. De quoi faire souffler un air frais sur les figures vues et revues des enquêteurs et autres détectives. En tant que héros ou héroïne de série, le podcasteur a de l’avenir.
Adapté de l’allemand par Albertine Bourget
Dans la série américaine «Nobody Wants This», Joanne (Kristen Bell, à g.) et sa sœur Morgan (Justine Lupe) parlent sexualité et sentiments sur leur podcast. Netflix

